Après mon périple à Nagoya, je m’en vais à Kyoto qui se trouve à une demie heure de train de Nagoya.
Kyoto, qui fut l’ancienne capitale du Japon, est et reste sa capitale culturelle. Elle se distingue par son patrimoine exceptionnel classé à l’UNESCO, mêlant près de 2000 temples séculaires et sanctuaires, jardins zen et lieux de méditation comme le célèbre « Chemin du philosophe ». La ville est réputée pour sa gastronomie, son dialecte unique (le kyōto-ben) et l’élégance de ses geishas.

Je m’engage dans une très longue marche à travers la ville. Je décide de commencer par le château de Fushimi appelé aussi chateau de Momoyama.

Le château a été construit à l’origine en 1592 par Toyotomi Hideyoshi, le deuxième « grand unificateur » du Japon, pour lui servir de résidence de retraite. Son importance était telle que la période historique (1573-1603) est nommée Azuchi-Momoyama, en référence aux châteaux d’Oda Nobunaga (Azuchi) et de Hideyoshi (Momoyama).

L’histoire de ce château a été marquée par les tragédies.
Le séisme de 1596 : À peine achevé, le château est détruit par un tremblement de terre. Hideyoshi le fait reconstruire immédiatement.
Le siège héroïque de 1600 : C’est l’épisode le plus célèbre. Lors de la montée en puissance de Tokugawa Ieyasu, le général Torii Mototada défendit le château contre une armée massive. Acculé, il se suicida avec ses hommes. On raconte que les planchers tachés de leur sang furent plus tard démontés et utilisés comme plafonds dans plusieurs temples de Kyoto (les fameux chig 天井 ou « plafonds de sang ») pour honorer leur mémoire.

Le démantèlement : En 1623, le shogunat Tokugawa décide de démanteler le château. Ses éléments architecturaux furent dispersés dans d’autres temples et châteaux du pays.
Aujourd’hui, le bâtiment n’est pas l’original, mais une reconstruction en béton datant de 1964. Elle a été édifiée pour un parc d’attractions (aujourd’hui fermé) à proximité du tumulus impérial de l’empereur Meiji. Bien que ce ne soit pas une structure historique authentique, sa silhouette massive et ses ornements dorés offrent une vision spectaculaire de l’esthétique grandiose de l’époque de Hideyoshi.
Le chateau était fermé et je n’ai malheureusement pas pu le visiter.
Je continue mon chemin et m’arrête devant la tombe de l’empereur Meiji, officiellement appelée Fushimi Momoyama no Misasagi (mausolée de Fushimi Momoyama). C’est un site d’une grande importance historique et symbolique au Japon. Elle marque la fin d’une époque charnière où le pays est passé d’un système féodal à une puissance mondiale moderne.

À la mort de l’empereur Meiji en 1912, le choix de son lieu de sépulture a fait l’objet d’une attention particulière. Bien qu’il ait régné depuis Tokyo (la nouvelle capitale), l’empereur a souhaité être enterré à Kyoto, la capitale impériale traditionnelle pendant plus de mille ans.
Le site choisi est à côté de l’ancien château de Fushimi-Momoyama. En plaçant la tombe impériale sur les ruines d’une forteresse guerrière, le gouvernement soulignait la suprématie de l’autorité impériale sur le passé shogunal (militaire).
L’architecture de la tombe rompt avec les traditions bouddhistes des siècles précédents où les empereurs étaient souvent incinérés.
La tombe adopte une forme appelée jōen kahōfun, une butte circulaire sur une base carrée, inspirée des anciens tumulus funéraires japonais (kofun).
Les pierres Sazareishi : Le dôme est recouvert de milliers de petites pierres grises appelées sazareishi. Ce type de pierre est mentionné dans l’hymne national japonais (Kimi ga yo) et symbolise l’éternité et l’unité du pays.
L’escalier monumental : Pour atteindre le mausolée, il faut gravir un escalier impressionnant de 230 marches. Ce nombre n’est pas un hasard : il a été choisi pour commémorer la date de promulgation du Rescrit impérial sur l’éducation de 1890 (le 30 octobre, soit 30/10… bien que certaines sources locales lient surtout le nombre de marches à la solennité et à l’ascèse de la montée).

Un tournant dans les rites funéraires
La tombe de l’empereur Meiji est l’une des rares tombes impériales modernes à contenir réellement les restes physiques de l’empereur et non de simples reliques ou objets symboliques. Son enterrement a marqué le rétablissement des rites funéraires shintoïstes pour la famille impériale, renforçant le lien entre l’empereur et les divinités ancestrales du Japon.
La forêt dense qui entoure aujourd’hui la tombe a été plantée au moment de la construction pour créer un sanctuaire naturel permanent, isolant le repos de l’empereur du reste de la ville de Fushimi.
je récupère une gare de train. J’ai déjà marché près de 10km. La ballade est jolie mais elle est exigeante.

Je vise un lieu un peu particulier. Il s’agit du Fushimi Inari-taisha qui est le sanctuaire principal de la déesse (kami) Inari. L’entrée du dit sanctuaire est orné d’un torri, portail traditionnel japonais, communément érigé à l’entrée d’un sanctuaire shintoïste, afin de séparer l’enceinte sacrée de l’environnement profane. Il est aussi considéré comme un symbole du shintoïsme.

La zone basse comporte plusieurs bâtiments dévoué au culte, à la prière et, puisqu’il n’y a pas de petit profits chez les Shintoïstes, de vente d’objets de prières divers et variés.



On retrouve de belles statues de renards appelés Kitsune en Japonais.

Dans la religion shintoïste, le renard est considéré comme le messager d’Inari, la divinité des céréales (riz), du commerce et de la prospérité. On les voit souvent par paires, représentant les principes du yin et du yang. De nombreuses statues tiennent un objet dans leur gueule : ici un épis de riz (son miroir qui n’apparait pas sur la photo tenant un parchemin) symbolisant la connaissance. Les fidèles placent souvent des bavoirs rouges, appelés yodarekake autour de leur cou en signe de dévotion ou pour demander une protection.
Vous allez me demander : mais pourquoi un brin de riz pour la connaissance ? Et cela serait une excellente question.
Le riz représente la survie et la richesse. Dans le Japon ancien, le riz n’était pas seulement de la nourriture, c’était la monnaie. La richesse d’un seigneur se mesurait en koku (la quantité de riz nécessaire pour nourrir une personne pendant un an).
L’épi de riz dans la gueule du renard symbolise donc la récolte abondante et la sécurité matérielle.
Le Rouleau : La sagesse et les messages
Le renard qui porte un rouleau de parchemin (makimono) représente la transmission du savoir.
Il symbolise les enseignements bouddhistes ou les messages des dieux.
C’est la dimension spirituelle et intellectuelle de la divinité Inari : pour bien gérer ses richesses (le riz), il faut de la sagesse (le rouleau).
Le lien entre les deux se fait par la figure d’Inari elle-même. Inari est une divinité complexe qui fusionne :
- Le temporel : Le riz, le commerce, l’argent.
- Le spirituel : La connaissance, la protection, la magie.
On pourrait dire que le riz est la nourriture du corps, tandis que le parchemin est la nourriture de l’esprit. Posséder l’un sans l’autre mène rarement à une prospérité durable, d’où la présence de ces différents attributs sur les statues du sanctuaire.

Apparait l’élément le plus étonnant de ce lieu, le mont Inari est constitué d’un ensemble de chemins menant à son sommet et cheminant autour. Pas simple de s’y retrouver.

J’entreprends de monter au sommet en passant par… les chemins parsemés de Torii. Et quand je dis parsemés. Je suis très loin de la réalité. Regardez plutôt la vidéo ci-dessous pour vous rendre mieux compte.
J’ai beaucoup monté et aussi descendu d’escalier cette journée. Plus j’avance et moins il y a de monde jusqu’à me retrouver seul ou presque. La quiétude des lieux est extraordinaire. On est concentré sur la marche et sur chacun des quelques 10 000 torii, installés tout au long des différents chemins à emprunter. De plus petits sanctuaires se trouvent à différents endroits. Il y a un côté magique en plus du mystique.










Le soleil se couche, il est temps de retourner vers le centre ville.

Dernières images de Kyoto, cette ville aussi belle de jour que de nuit. J’ai un coup de cœur. c’est une certitude.


En attendant ce soir, avant d’aller me coucher, je suis Charlie.






